- Bienvenue sur Sossahel.org
- Découvrir le Sahel
- Vivre au Sahel
- Achégour, cœur du désert
Vivre au Sahel
Achégour, cœur du désert
Extraits du livre "SAHEL"
(…) Il est comme le symbole de la vie, là, seul au milieu de nulle part. Gardien du puits, dit-on, mais encore ? Dans mes plus folles pensées il était un sage rassemblant ses réflexions sur le monde, un ermite, un savant fou ou un autre Monod.
Il était probablement un dingue du désert, un chercheur de l’infini, un prophète ou encore un observateur de la voûte céleste. L’homme m’intriguait. Qui sait si l’occasion me serait donnée de repasser par Achégour?
Ma découverte est plus terre à terre. Le contact est comme souvent compliqué. L’homme parle arabe, mon guide le français et le tamasheq, un militaire de mon escorte tamasheq et arabe. Ils s’étonnent tous deux de mon désir de converser avec ce malheureux, mais puisque j’y tiens et que je les ai rétribués pour ça, ils me rendent ce service.
A nous quatre, c’est un peu long, nous réussissons pourtant à amorcer le dialogue et à nous comprendre après moult vérifications.
Un ermite, un sage, un savant, un philosophe ? Je suis bien un pauvre blanc qui fantasme sur le désert ! Il n’y a que dans les livres que l’on raconte de telles histoires, que l’on invente de tels personnages. Notre interlocuteur est un homme comme des millions d’autres dans le Sahel. Un homme simple qui gagne durement sa vie en travaillant.
Il a 35 ans, il est marié, il a deux enfants et il vient du Soudan. Il garde le puits depuis trois ans, c’est pour cela que je connais son visage. Il restera peut-être pour l’éternité. Incha Allah ! Achégour, par la grâce de son eau, est un formidable lieu de passage. Pas un jour sans une caravane, sans deux ou trois « dix roues », ces camions ventrus qui transportent des centaines de passagers et des tonnes d’objets entre le sud du Niger et la Libye. Pas un jour sans deux ou trois missions en 4X4.
Ce gardien est certainement l’homme le moins solitaire de tout le Ténéré.
D’ailleurs depuis deux ou trois semaines une grosse équipe de géologues a installé son camp de base à deux cents mètres du puits. Elle a entrepris de piqueter le tracé de la future route goudronnée qui, traversant le désert, reliera Agadez à Dirkou, puis Dirkou à la Libye, pays qui finance le projet.
Mohammed Atahib, c’est son nom, n’a guère le temps de contempler les étoiles et de transcrire leurs messages, ni d’observer la faune (il ne subsiste que quelques fennecs, les dernières gazelles ont disparues), encore moins la flore microscopique quoique multiple, ou de se concentrer sur le devenir de l’être. Il est trop occupé à veiller sur le puits et… à le fermer après usage (…)
"SAHEL" - Textes de Marc Francioli et photographies de Roberto Neumiller, publié aux Editions Arthaud. Diffusion : Contactez SOS SAHEL.
Sur le terrain
Plus d'infos





