De nombreuses régions touchées

Le point sur les pluies diluviennes au Sahel

Publié le 03/10/2007

Interview de Rémi Hémeryck, délégué général de SOS SAHEL

Le Sahel a subi des vagues de pluies torrentielles durant 3 mois… comment expliquer ce phénomène ?

Contrairement à certaines idées reçues qui laissent croire qu’il ne pleut pas au Sahel, il y a bien une saison des pluies qui s’étale sur

une période de 2, 3 ou 4 mois selon les régions.

Dans cette région climatique, où les précipitations atteignent entre 100 et 500 mm selon la latitude, les premières pluies se manifestent à partir du mois de juin pour s’estomper progressivement vers septembre / octobre. La véritable saison des pluies se situant sur Juillet / Août. C’est pourquoi le calendrier cultural et le choix des plantes cultivées - sorgho, mil, sésame, niébé (haricots) – sont adaptés à la climatologie sahélienne. La plupart des variétés de céréales sélectionnées produisent sur un cycle de 90 à 100 jours.

Le phénomène paradoxal des dernières années provient de pluviométries annuelles plutôt satisfaisantes, mais une forte variation de précipitations.

Les pluies tombent de manière beaucoup plus irrégulière bousculant ainsi le calendrier agricole. Nous avons observé ces dernières années la venue de premières pluies en juin suivies ensuite d’un épisode sec long qui dure parfois 3 à 5 semaines. Dans cette situation les semis échouent et les producteurs doivent à nouveau ensemencer leurs parcelles. Nous savons que les semis trop tardifs ne permettent pas de récoltes satisfaisantes. Dans la région de Louga au Sénégal, en 2005, de nombreuses familles ont finalement pu réaliser leur semis à partir de la mi-août, récoltant en moyenne moins de 300 kg de sorgho par hectare (un rendement satisfaisant avoisine 800 Kg à 1 t / ha). Ces épisodes anormalement sec ou exceptionnellement pluvieux peuvent intervenir à certains stades citriques de la production comme la floraison, ou la maturation remettant en cause les rendements des cultures.

Des situations climatiques exceptionnelles de plus en plus… fréquentes

L’ondée Mauritanienne de 2003
La pluie et le froid ont fait apparition en pleine saison sèche dans les régions du Trarza, du Brakna et du Gorgol du 10 au 13
janvier 2003. Dans ces provinces où il pleut traditionnellement moins de 200 mm, les populations nomades descendent avec leurs troupeaux vers le

fleuve Sénégal à la saison sèche pour la consommation des résidus de récolte. Vivant traditionnellement sous des tentes, elles ont fait face à une pluie presque continue durant trois jours et une température inférieure à 10° (Il fait en moyenne plus de 40° habituellement). De nombreux animaux ont disparu mais également plusieurs bergers et des membres de leur famille.

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Des pluies diluviennes au Burkina Faso
La situation pluviométrique actuelle du pays est exceptionnelle. Les régions nord du Yatenga et du Loroum ont subi des averses diluviennes durant la seconde quinzaine d’août de plus de 100 mm (il arrive parfois que les précipitations annuelles atteignent ce niveau). La partie méridionale, frontalière au Togo et au Ghana, a fait également l’objet d’orages fréquents et violents courant septembre emportant les habitations, les infrastructures routières et digues de retenue d’eau, et cultures vivrières alors que la saison des pluies touche normalement à sa fin durant cette période.

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Dans ces circonstances, certaines populations du Sahel seront encore menacées par la famine cette année, mais pour cause de dévastation climatique.

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SOS SAHEL a mis en place un fonds d’urgence exceptionnel pour secourir la province du Loroum, peut-on commencer à parler de reconstruction ? Quel espoir pour les milliers de sinistrés ?

Il s’agit dans l’immédiat d’un premier secours, parce que dans cette région Nord du pays où SOS SAHEL a conduit plusieurs programmes de santé – le dernier en date est la construction du centre de santé et de promotion sociale de Noogo - de

nombreuses familles se sont retrouvées sans abri (5665 hommes, femmes et enfants).

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C’est toute qui la communauté Burkinabé qui se mobilise : les ressortissants de la région qui vivent dans les autres

provinces ont acheté des vivres. Mais cela ne suffit pas. Un premier diagnostic rapide conduit par SOS SAHEL International Burkina-Faso, a fait état des besoins pour parer aux risques sanitaires importants notamment en matière de paludisme. C’est pourquoi SOS SAHEL a décidé de lancer très rapidement une opération de secours permettant d’équiper les familles de moustiquaires imprégnées et de distribuer des aliments pour les nourrissons qui sont les plus vulnérables. Sur la base de cette première opération nous verrons si d’autres actions sont à envisager par la suite.